Peut-être aviez-vous déjà remarqué cette publicité digne des plus grandes affiches de film, qui titrait "Voyage au Centre de la Terre, le Spectacle Aventure au Stade de France". Avec pour sponsors de taille TF1, France Info, la Région Auvergne et Carrefour, ce spectacle monumental n'est pas passé inaperçu cet hiver. 4 représentations seulement les 17 et 19 décembre retraçaient la fabuleuse aventure inspirée par le roman de Jules Verne. "La France célébrant cette année le centenaire de la disparition du visionnaire, c'est au Stade de France que s'achèvera de façon spectaculaire l'année Jules Verne " annonçait la brochure promotionnelle.
Le spectacle promettait d'être beau : écrans géants de 44 000 m² sur 360°, des procédés de déformations anamorphiques des images, des jets de flamme produits par 60 générateurs, des acteurs sur scène, de la musique jouée "en live" ... un spectacle multimédia total dont les Français ont un savoir-faire reconnu mondialement. Malheureusement, l'exception culturelle française ne séduit peut-être même plus les français, triste constat nous diriez-vous ? Le Voyage au Centre de la Terre du Stade de France en a fait les frais Samedi et Lundi dernier.
"Jules Verne ou le voyage au centre d'un bide retentissant" titrait le journal Libération. Les spectateurs ont hué le spectacle jugé "creux et incohérent", "d'une lenteur à n'en plus finir" , "sentiment de vide abyssal" ... les qualificatifs fusent dans la presse quotidienne qui n'a pas hésité à s'emparer de l'affaire, allant jusqu'à évoquer des "constitutions de groupes sur internet demandant le remboursement des billets" . Les forums de consommateurs et d'artistes sont en effervescence, et les propos durs : "JAMAIS je n'ai vu un spectacle aussi PITOYABLE. Des enfants de Centre de Loisirs auraient fait beaucoup mieux.", " Où sont les dinosaures et les décors annoncés par l'affiche ? ", "une arnaque !", "Une mise en scène à donner envie de quitter le stade" ... le public n'a effectivement pas attendu la fin de ce spectacle d'une heure pour partir.
Les raisons d'un échec ... annoncé ?
La connivence médiatique de rigueur, TF1, l'Express et le Parisien ne tarissaient pas d'éloge à l'égard de ce spectacle. Un des créateurs accompagné de l'acteur principal du spectacle s'est même rendu sur le plateau de Laurent Ruquier -France 2-, ce dernier laissant entendre qu'il restait encore des places pour les représentations pourtant imminentes.
Médiatisation râtée ? Les publicités et les affiches indiquaient à peine "Spectacle Aventure au Stade de France" sur fond de belles couleurs chatoyantes. A l'heure d'Internet, le spectacteur interpellé par cette affiche aurait bien volontiers visité un site officiel consacré au spectacle ... en vain. Aucune adresse internet mentionnée, si ce n'est celle du revendeur des billets, à savoir Carrefour Spectacles. Pourtant le site officiel -très réussi- existait bien. Arrêtons-là les commentaires de peur de finir d'achever un spectacle déjà bien malmené.
"Où sont passés les dinosaures ?"
"Mes parents ont adoré (55 ans) et se sont demandé pourquoi un tel spectacle se jouait au Stade de France et non pas au théâtre ou à l'opéra. " Cette dernière réaction est peut-être la réponse au mal qui touche ce spectacle-événement réalisé par Philippe Corbin et Stéphane Vérité : le public-cible n'était tout simplement pas le bon.
Bande-annonces, interview, affichages massifs, la mayonnaise marketing semble avoir pris admirablement. Un peu trop ... les concepteurs du spectacle reconnaissent même que le discours commercial était trop offensif : "Nous n'avons jamais voulu faire Jurassic Park !" Le parti pris artistique était beaucoup trop risqué dans l'édifice monumental et populaire que représente le Stade de France. L'émotion ne peut certes guère y passer. Une expérience malheureuse.
On pourra reprocher également un côté intellectuel au spectacle à en lire les propos des concepteurs rapportés par Libération : « Nous souhaitions être dans l'intime, dans l'introspection, tout en jouant la confrontation des échelles avec ce stade transformé en volcan. Il s'agissait d'opposer l'infiniment petit et l'infiniment grand, de retranscrire la solitude et l'anxiété du héros de Jules Verne.» Quand le public touché est aussi populaire que celui qui a regardé la finale de la Star Academy la veille, on ne peut que s'amuser de lire des propos certes intéressants et louables, mais d'une abstraction redoutable, et forcément rebutants pour le grand public.
Il est utile de faire un parallèle entre le "parti pris de mise en scène" pour ce spectacle, et les scénographies des parcs "ludiques et éducatifs" en France. A bien des égards, on retrouve les même composantes d'abstraction difficilement compréhensibles par le visiteur non averti : Vulcania et Micropolis, beaucoup d'évocations, peu de sensation ou d'émotion. Le futur Bioscope en Alsace apportera-t-il une nouvelle dimension à l'aspect ludique de l'éducatif ? Pas évident lorsque des designers un peu trop visionnaires sont aux commandes de telles réalisations. Résultat, l'attention du spectateur-visiteur s'évapore très vite à cause d'un surplus d'informations ou d'une scénographie élitiste ennuyeuse, car incompréhensible.
Les visiteurs expriment leur frustration en désertant les lieux, dans tous les sens du terme.